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Le lupin
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Lupinus
Famille des Fabacées
A traiter au naturel
Les lupins sont un cas d'école pour qui s'intéresse à la façon dont les jardiniers considèrent un genre : un départ utilitaire pour finir
dans la fantaisie débridée. On commence à les voir citer comme engrais verts dans les textes des agronomes romains. On s'était très vite aperçu que cette légumineuse avait la propriété d'enrichir le sol, de se nourrir en quelque sorte ailleurs, comme un loup, ce qui expliquerait son nom latin. Il s'agit alors du lupin blanc (Lupinus albus), spontané en Sicile, une plante annuelle ou bisannuelle dressée qui fleurit en épis blancs auxquels succèdent des gousses de 6 cm environ, renfermant des graines aplaties et rondes, grandes comme des pièces de 10 centimes, que les enfants recherchaient autrefois pour jouer au loto. Ce lupin blanc était donc cultivé comme engrais vert pour enrichir le sol entre deux céréales, et ses graines amères servaient également à nourrir le bétail, après macération dans l'eau salée.
• Le lupin jaune (L. luteus), indigène en Corse, se distingue par ses fleurs jaunes teintées de violet au sommet de la carène. On
cultive en Europe central des races sélectionnées, non vénéneuses, les amères contenant un glucoside, la lupinine, qui rend malade les herbivores. Plus près de nous, on a essayé de torréfier les graines de lupin blanc pour en faire un substitut du café, mais ça n'a jamais remplacé un bon arabica. Avec le regain actuel pour les engrais verts, on le voit réapparaître, mais il ne faut pas oublier que ce lupin n'aime pas le calcaire. Le lupin jaune est suffisamment décoratif pour avoir plus sa place au jardin : ses tiges érigées, hautes de 60 à 80 cm, se garnissent de feuilles à 7 voire 11 folioles, et ses fleurs jaunes, doucement parfumées, sont portées en grappes terminales. La gamme des couleurs s'étend encore avec le lupin bleu (L. hirsutus = micranthus), aux fleurs bleu pourpre suivies de gousses plates, vert grisâtre.
• Ces lupins annuels n'ont guère été améliorés et la venue des lupins américains les prive encore plus d'intérêt à nos yeux. C'est du
Mexique, de Californie et du Texas en effet que sont venus les lupins très colorés qui ont servi à la création de variétés annuelles décoratives. Le lupin de Hartweg atteint 90 cm de hauteur, et forme un chandelier. Les feuilles et les tiges sont garnies d'un duvet, et les fleurs bleu pâle forment des épis de 20 cm. Finement lavées de lilas et teintées de vert, elles laissent voir des anthères orange du plus bel effet. La floraison a lieu en été et en automne dans les grandes étendues caillouteuses du Mexique, mais chez nous, l'été est souvent trop sec pour que la floraison soit de qualité. Il faudrait semer avant l'hiver, hiverner les plants sous châssis froid et les mettre en place dès mars pour obtenir de belles touffes.
• Le lupin nain (L. nanus) est originaire de Californie et fut découvert par le fameux Douglas. Atteignant néanmoins 50 cm de
hauteur, ses tiges, simples ou divisées à la base, se terminent par des fleurs réparties par étages, d'un riche bleu, avec souvent une tache pourpre, blanche ou jaune. Il fleurit là-bas au printemps ou en été.
• Mais c'est bien plus loin qu'il faut chercher le lupin annuel le plus charmant de tous, le fameux lupin changeant de Cruckshanks (L.
mutabilis). Ce grand lupin, presque de taille humaine, s'épanouit au Pérou, en vastes touffes de feuillage bleuté. Les fleurs blanches et bleues deviennent bleu soutenu avec le temps et s'ornent souvent d'une tache jaune, à moins qu'elles ne se teintent de violet, d'où leur nom. Ses graines constituent un substitut des haricots grains, et peuvent être consommés une fois débarrassées de leurs alcaloïdes toxiques. Là-bas, c'est un petit arbuste.
• On retrouve cette tendance à former des arbustes chez le lupin en arbre (L. arboreus) à feuillage persistant d'un vert argenté au
revers. Les fleurs jaune soufre, mais aussi parfois bleu tendre, blanche ou couleur lavande, forment des grappes terminales innombrables. Effet de masse garanti pour ce lupin californien, qui supporte assez bien notre climat (jusqu'à -15°C), mais ne vit jamais très longtemps car il produit seulement une grosse racine et peut se coucher un beau jour par manque de support. On sera donc bien avisé de le placer près d'un portail, d'un mur ou encore encadré par des lavatères arbustives qui le soutiendront gracieusement. Repérez les semis spontanés qui ne manqueront pas de se produire dans l'allée en gravier, et plantez-les, toujours en plein soleil. En un an, vous obtiendrez une touffe adulte.
• Mais tous ces lupins, malgré leur beauté indemne de tracasserie, ne sont rien à côté des lupins de concours, ces bêtes de mixed-
borders capables de dépasser le jardinier en hauteur et de l'époustoufler par des grappes de 60 cm de longueur garnies de fleurs à touche-touche. Ces chandelles vivantes sont une création typiquement anglaise. Ils résultent principalement de l'amélioration du Lupinus polyphyllus, originaire de l'Ouest des Etats-Unis, Colombie britannique et nord de la Californie. À lorigine, c'est une plante vivace de 1,50 m de haut, peu ramifiée, aux feuilles divisées en étoiles, et aux fleurs réunies en grappes bleu pourpre ou roses, groupées par étages serrés. La floraison a lieu en été. Introduits en Angleterre dès le siècle dernier, ils furent surtout travaillés par George Russel, jardinier de Mme Michlethwaithe, à York, qui créa à partir de 1911 les hybrides portant son nom, en les hybridant avec le lupin en arbre et sûrement quelques annuels qui fleurissaient en même temps. Lancés en 1937, ces hybrides eurent tout de suite une place de choix dans les massifs car leurs épis sont vraiment impressionnants. Passionné par la Table ronde, Russel a donné des noms de fantaisie à ses hybrides, ses travaux étant ensuite repris par les frères Woodfield : La Châtelaine, rose à étendard blanc; La Demoiselle, blanc crème ; Le Chandelier, jaune ; Les Pages, rouge carminé ; Mon Château, rouge intense. Mais si ces lupins font merveille en photos dans les magazines, il n'est pas évident de les réussir, et force est de reconnaître qu'on en voit relativement peu d'éblouissants dans nos jardins. |